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La Pisa est avariée, Attal vomit des inepties

Jeudi 21 décembre 2023 — Dernier ajout mardi 9 janvier 2024

Sans surprise, les résultats de l’enquête PISA sont catastrophiques et le ministre de l’Éducation nationale feint de mobiliser les grands moyens pour redresser la barre. A l’image de notre emblème national, il continue de plastronner alors qu’il a les pieds dans la fange car la première parade qu’il déploie consiste à minimiser les dommages français en évoquant l’impéritie de ses voisins. Certes l’Allemagne dégringole plus violemment que la France mais il n’y a pas de quoi pavoiser.

Ce n’est pas là cependant le seul paradoxe soulevé par ces évaluations. L’enquête PISA est directement placée sous le contrôle de l’OCDE avec pour objectif d’évaluer l’efficacité des systèmes éducatifs. L’OCDE n’étant pas un repère de crypto-gauchiste, l’enjeu de ces évaluations est de voir quel système a le meilleur rapport qualité-prix. Il n’est donc pas étonnant de voir trôner Singapour ou bien la Corée du Sud en tête de palmarès. Pour ne citer qu’eux, ces deux pays incarnent l’idéal libéral du « laisser passer-laisser faire » allié à un autoritarisme qui nous ferait presque préférer notre place de cancre. En effet, si on observe le sommet de la hiérarchie PISA, on y rencontre l’élite du modèle « libéral-autoritaire » où le coût social et humain de la compétition mondiale atteint son paroxysme. En prenant des indicateurs comme la liberté de la presse, la peine de mort, le taux de suicide des jeunes, les atteintes aux droits de l’homme, on retrouve sans surprise ces nations au tableau d’honneur. Dans ces circonstances, on pourra douter légitimement de la pertinence de rattraper le gotha de cette enquête.

Le second paradoxe, pour en revenir à la France ou à l’Allemagne, c’est que l’OCDE tout en regrettant la chute des résultats continue de prôner le moins d’État, la dérégulation et la marchandisation des systèmes éducatifs. Il s’agit néanmoins d’une contradiction en trompe-l’œil car le véritable enjeu consiste à instrumentaliser ces résultats pour légitimer une dérive « libérale autoritaire » la seule à garantir le moindre rapport coût-investissement des systèmes éducatifs.

Il n’est pas étonnant donc que les propositions de Gabriel Attal, le 5 décembre, aillent directement dans ce sens en s’articulant autour du tri social et de la caporalisation des masses : le recours massif au redoublement, les groupes de niveau, les bonnes vieilles méthodes constituent la première mâchoire de l’étau quand la généralisation du SNU ou l’uniforme en forment la seconde. La jeunesse révoltée de l’été 2023 est à encadrer impérativement. Le « surveiller et punir » de Foucault a encore de l’avenir.

Il convient maintenant d’examiner en quoi la batterie de mesure annoncées par G.Attal sera certes sans effet sur les résultats mais redoutable toutefois en termes de contrôle et de tri social.

Avec les groupes de niveau en 6e et 5e, c’est l’idéal du collège unique qui s’envole. Cette mesure doublée de celle du redoublement ne va pas produire les effets escomptés en revanche cela va légitimer le démantèlement de ce qui avait été promu par la loi Haby. Voici ce qu’en disaient déjà Baudelot et Establet [1], deux sociologues au début des années 2010 :

« Quant à l’efficacité globale des groupes de niveau, les enquêtes PISA confirment ce qu’il est désormais convenu d’appeler, dans le champ des sciences de l’éducation, « le théorème de Duru ». Marie Duru a étudié de près, en France, les effets exercés sur la progression des élèves de collège par la façon de regrouper ou d’isoler les élèves forts et faibles. Dans les collèges pratiquant les groupes de niveau, les élèves faisant partie des groupes ne comptant que des forts progressent beaucoup. A l’inverse, ceux qui sont relégués dans des groupes constitués d’élèves faibles progressent très peu, pas du tout, voire régressent. Dans les classes ne pratiquant pas les groupes de niveau et toutes choses égales par ailleurs, les faibles progressent moins que les forts mais plus que s’ils étaient restés entre eux. Quant aux forts, ils progressent plus que les faibles mais un peu moins que les forts qui se retrouvent avec les forts. Le résultat global au niveau de l’établissement est sans ambiguïté : ceux qui pratiquent la politique des groupes de niveau enregistrent des résultats moindres que les autres, même si les meilleurs deviennent encore meilleurs. Dans les environnements homogènes, les élèves les plus forts peuvent se stimuler les uns les autres et rivaliser entre eux alors que les élèves les plus faibles sont privés de cette stimulation et ce soutien par leurs pairs (…) PISA parvient à l’échelle internationale aux mêmes résultats. »

Sur les vertus des redoublements, cette fois, le sociologue Hugues Draelants montre que l’intransigeance manifestée contre les redoublements ne s’assoit pas sur des fondements théoriques robustes d’une part, et qu’elle est d’autre part le corollaire de choix économiques faits par des pays inspirés par les dogmes du capitalisme, notamment celui du moins d’État car le redoublement a un coût pour la collectivité. Ces travaux montrent néanmoins l’inefficacité du recours systématique au redoublement face à d’autre dispositifs comme l’aide spécialisée.

On en revient donc à l’incurie des années Sarkozy qui n’a pas été remise en cause hélas en dépit des changements de législature. Le désastreux résultat à PISA 2022 peut sans conteste être relié aux 5000 fermetures de postes RASED opérées en 2007 et 2012. Ce n’est malheureusement pas le seul héritage pitoyable de cette triste époque. Blanquer a su faire prospérer une approche technocratique amorcée en 2007 sous la houlette de l’Institut Montaigne notamment, alors qu’il était numéro 2 du ministère puis lors de son passage rue de Grenelle en tant que n°1. La preuve par les résultats est un échec patent comme en témoignent les évaluations Repères et leur incarnation pédagogique : les guides Eduscol ou encore les méthodes labellisées.

Un autre modèle était possible et les différentes mandatures n’en ont pas tenu compte. La réduction des effectifs est une mesure efficace si elle est généralisée et accompagnée ce qui n’est pas le cas des dédoublements en cours depuis 2017. Certes les conditions de travail des enseignants y exerçant se sont améliorées et c’est tant mieux mais les résultats ne sont pas à la hauteur de l’investissement. La raison n’est pas l’engagement des enseignants mais une formation continue adossée à ces soi-disant méthodes ayant fait leurs preuves dont les fondements scientifiques sont légitimement interrogeables. En 2011, alors même que la saignée opérée par Sarkozy et ses sbires était en cours, Piketty estimait qu’à moyen constant diminuer les classes de ZEP de 21,9 à 18 aurait fait augmenter les classes Hors-ZEP de 24 à 24,3. Que penser alors de la ventilation des 50 000 postes recréés sous Hollande ? ils auraient non seulement permis de passer de 21,9 à 18 en ZEP mais surtout sans alourdir les classes hors-ZEP. Et que dire encore si Hollande avait eu le courage politique de restaurer les 100 000 postes disparus dont les 5 000 postes RASED ? Baisses d’effectifs généralisées, aide aux élèves en difficultés, des ingrédients à même de faire reculer l’échec scolaire et surtout de réels moyens pour l’École inclusive.

Faire ce choix, pour en revenir à notre introduction, c’était aussi s’opposer à l’OCDE et à l’austérité prônée par l’Union Européenne qui en est la courroie de transmission. C’était possible alors : ceux qui vivaient à l’époque pourraient témoigner qu’ils n’évoluaient pas au bord du gouffre. Il a fallu entre-temps renflouer le système financier. Le choix devient donc explicite vu sous cet angle, les banques sont plus utiles que les écoles.

On le voit donc clairement, les mesures prises par Attal et sa clique ne changeront rien aux résultats des élèves, en revanche elles nuisent gravement aux capacités émancipatrices de l’École et c’est là que réside le véritable projet de Macron et de sa marionnette.

Pisa avariée - artcile SUD LDC Gre (20.12.23)

[1Baudelot, C., Establet, R. L’élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales, Seuil, coll. « La république des idées », 2009

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