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La grande pixification !

Ça tombe à Pix, par Toutapix ! Atout Pix !
Lundi 29 janvier 2024 — Dernier ajout jeudi 29 février 2024

Peut-être avez-vous déjà entendu ce petit nom Pix, on dirait celui d’un petit écureuil mignon. Pas du tout, c’est le nom du « service public en ligne pour évaluer, développer, et certifier ses compétences numériques ». C’est déjà moins mignon, surtout quand on nous parle de « service public en ligne », déjà tout un programme (politique). Les mots suivants ne sont guère plus rassurants, l’évaluation arrivant avant le développement et s’accompagnant d’une certification, parce que, bien sûr, dans notre monde tout doit être évalué et certifié (conforme).

Compétence 2.4. S’insérer dans le monde numérique :

Cette énième plateforme, pompeusement nommé « servie public », a été lancée dans le cadre du dispositif des startups d’État. C’est un groupement d’intérêt public (GIP) dont les membres sont : le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Centre national d’enseignement à distance (CNED), le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et l’université ouverte des humanités de Strasbourg.

Cette certification reconnue par l’État et le monde professionnel est la nouvelle certification des compétences numériques, obligatoire pour les élèves et étudiants depuis 2019. Les enseignants peuvent aussi la passer, mais on la trouve également à Pôle Emploi et elle est proposée aux nouveaux arrivants en France. Pix remplace donc le certificat informatique et internet (C2i), le brevet informatique et internet (B2i) et le passeport internet multimédia (PIM). Le but est d’avoir une certification globale d’un niveau de numérique, de pallier la terrible « fracture numérique » (mais qui en paie la facture ?) dans un monde où tout est appelé à être numérisé. Mais c’est comme ça, c’est le progrès, on n’y peut rien, même la justice, les services publics et la livraison des hamburgers se font par ce biais (cognitif).

L’idée est que la personne s’auto-évalue elle-même toute seule, avec des parcours adaptatifs personnalisés (sic). Elle valide ensuite des niveaux sur les 16 compétences du référentiel Pix. Diverses activités sont proposées : recherches en ligne, manipulation de fichiers et de données en utilisant les suites bureautiques, résolution de problèmes techniques et matériels, utilisation des outils en ligne (réseaux sociaux, messagerie, outils collaboratifs), utilisation d’algorithmes et programmation. Ces 16 compétences numériques se regroupent en 5 catégories :

  • 1. Information et données : 1.1. Mener une recherche et une veille d’information / 1.2. Gérer des données / 1.3. Traiter des données ;
  • 2. Communication et collaboration : 2.1. Interagir / 2.2. Partager et publier / 2.3. Collaborer / 2.4. S’insérer dans le monde numérique ;
  • 3. Création de contenu : 3.1. Développer des documents textuels / 3.2. Développer des documents multimédia / 3.3. Adapter les documents à leur finalité / 3.4. Programmer ;
  • 4. Protection et sécurité : 4.1. Sécuriser l’environnement numérique / 4.2. Protéger les données personnelles et la vie privée / 4.3. Protéger la santé, le bien-être et l’environnement ;
  • 5. Environnement numérique : 5.1. Résoudre des problèmes techniques / 5.2. Construire un environnement numérique.

A la lecture, instructive autant que roborative, de ces axes, on est d’abord frappé par l’utilisation du vocabulaire du new management : « compétences », « collaboration », « développement », « bien-être », « stratégies » …. La plateforme Pix apparaît dès lors pour ce qu’elle est et fait semblant de ne pas être : un outil au service d’un système et d’une idéologie, libérale cela va de soi, rien de très nouveau en somme. Un des axes, le 2.4, porte le doux nom de « S’insérer dans le monde numérique », rien que ça ; le numérique ne s’insinue plus dans tous les aspects de notre existence, c’est à nous de nous insérer dans ce « monde ». On demande donc à des élèves de collège de « choisir ses pratiques pour se positionner en tant qu’acteur social, économique et citoyen dans le monde numérique », preuve que toute la vie bascule dans le numérique, dans tous ses aspects, même les moins numérisables, comme les liens sociaux. En allant plus loin, on peut mettre en lien PIX avec le SNU (Service National Universel) et avec le port de l’uniforme. On voit alors se dessiner une plus ou moins nouvelle forme de citoyenneté, numérique et uniformisée, sans mauvais jeu de mot, visant à une gestion optimisée et autoritaire des populations.

Le tout bien sûr se fait « en accord avec des valeurs et/ou pour répondre à des objectifs » ; et quelles sont donc les valeurs du numérique ? Quant aux « objectifs », on voit poindre le monde de l’efficience à tout Pix. Enfin, cette certification est « en lien avec la vie citoyenne, la vie professionnelle, la vie privée, etc. », c’est-à-dire qu’elle s’immisce partout et prépare les élèves à être des travailleurs qui optimisent leur image et leur potentiel via le numérique, sans vie privée.

Ainsi, la plateforme Pix nous fait-elle bénéficier de ses précieux conseils, véritable mode d’emploi des réseaux sociaux. On y apprend à travailler ses relations. Par exemple, on demande de se mettre à la place d’un certain Mathias, utilisateur de réseaux dits « sociaux » et de compléter un texte à trous. Par exemple : « Matthias ne veut plus avoir de contact avec Thomas qui lui envoie sans cesse des messages sur Instagram. Il doit … Thomas. » Si l’on dépasse l’usage abusif du mot « contact », on peut bien se demander ce qui est attendu : Mathias doit-il parler avec Thomas afin de comprendre pourquoi il lui envoie tant de messages ? Doit-il lui demander de cesser de lui envoyer ces messages ? Doit-il lui expliquer que les messages qu’il lui envoie ne l’intéressent pas, qu’ils sont trop nombreux ? Non, il doit tout simplement « bloquer Thomas. ».

En sus des relations sociales, on peut bénéficier de conseils sur son image publique et apprendre à choisir sa photo de profil grâce au renvoi vers le site de l’entreprise Jean Coutu, une entreprise québécoise de pharmacies franchisées [1]. Ainsi, on retient que sur Instagram « une attitude ou des vêtements trop sexy pourraient également nous nuire, alors on reste sobre » et que sur Facebook il valait mieux changer souvent de photo pour dégager « une impression de vie, de créativité, de dynamisme », tout en continuant à être prudent sur le professionnalisme de notre image en nous demandant : « Serais-je mal à l’aise que mon patron me voit dans cette situation ? »

X est présenté plus loin comme « un réseau d’échange d’idées et de revendications » sur lequel notre photo de profil pouvait être « une façon d’afficher notre appui à un parti politique ou à une cause en particulier » ; ça c’est du militantisme (pas trop dangereux pour le capitalisme puisqu’il en utilise les outils) ! Ouf, on va pouvoir s’exprimer librement et avoir une parole publique (sauf sur la COVID, la Palestine, la vidéosurveillance, l’exploitation de l’Afrique pour les terres rares, les poubelles géantes d’objets numériques en Asie, les suicides dans les usines Foxcon, la marchandisation des corps, la déshumanisation par le numérique …). A noter que si l’on n’a pas encore de compte, PIX demande d’en créer un (sic).

Cette compétence 2.4 est associée à un fatras de thématiques où l’on voit apparaître l’ « identité numérique » comme allant de soi, alors que le portefeuille d’identité numérique n’est pas encore officiellement sorti, aux côtés de jolis néologismes comme « l’e-réputation » et la « netiquette », réputation et éthique étant mis sur le même plan, avec d’ailleurs les « pratiques sociales et participation citoyenne », parce que tout cela se fait en ligne bien sûr. On enchaîne ensuite bon train avec les « modèles et stratégies économiques ; Questions éthiques et valeurs » ; mais quel est le rapport ? Et on finit sur un bel effet de mauvaise foi avec « Liberté d’expression et droit à l’information », ben voyons !

Mais le point 4.2 « Protéger les données personnelles et la vie privée » n’est pas en reste puisqu’il s’agit rien de moins que de « Maîtriser ses traces et gérer les données personnelles pour protéger sa vie privée et celle des autres, et adopter une pratique éclairée. » De la part d’un gouvernement qui travaille à l’identité numérique, qui rêve de reconnaissance faciale et de crédit social à la chinoise, qui se sert de la loi sur les jeux olympiques pour faire valider de nouvelles formes de surveillances, qui vend et vole les données des personnes à tout va (on en a eu une belle expérience avec la COVID), on frise l’e-ridicule et la netiquette n’est pas si nette que ça.

Logiquement, après le 4.2 on a le 4(9).3 « Protéger la santé, le bien-être et l’environnement », sachant qu’on parle par ailleurs « d’environnement numérique », la confusion règne. Il s’agit de « Prévenir et limiter les risques générés par le numérique sur la santé, le bien- être et l’environnement mais aussi tirer parti de ses potentialités pour favoriser le développement personnel, le soin, l’inclusion dans la société et la qualité des conditions de vie, pour soi et pour les autres » donc tout et son contraire. Orwell n’est pas loin. Il faut faire attention aux dangers du numérique mais « en même temps » (merci Macron) celui-ci soigne les maux qu’il génère puisqu’il est dangereux pour la santé et le bien-être mais permet le développement personnel et le soin (on voit ici l’éthique du care chère à certains gauchistes technophiles). Quant au numérique pour « l’inclusion dans la société et la qualité des conditions de vie », qui se propose d’en parler au gamin africain de 6 ans qui bosse au fin fond des mines pour extraire les terres rares ? Sans surprise, les thématiques associées sont, entre autres, « Vie connectée », « Capteurs », « Intelligence artificielle et robots », « Santé ». Visiblement mettre des capteurs partout et développer l’intelligence artificielle œuvrent à notre bien-être.

Les enseignants sont par ailleurs eux-mêmes invités à faire valider des compétences Pix aux élèves, en classe, parce que ces feignasses ne s’y mettent pas assez d’eux-mêmes. Il s’agit alors tout simplement pour l’enseignant de livrer son cours à la plateforme (dont on ne sait ce qu’elle en fera), pour faire valider les compétences en ligne, donc devant un ordinateur.

Voici donc l’usine du « champion du numérique au service de l’humain » imaginé par Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique [2]. Mais pas d’inquiétude car la dimension ludique et l’interactivité sont au cœur du programme. Chacun est ainsi libre de devenir un véritable acteur de sa formation, « des apprenants motivés et autonomes » capables de « maintenir leurs compétences à jour et de préserver leur valeur sur le marché du travail » [3]. Et ça, le MEDEF, fervent soutien de cette « startup d’État » créée en 2016 l’a bien compris. On ne doit donc pas s’inquiéter que les élèves se lancent dans cette aventure qui les mènera droit à l’employabilité et… à l’isolement social.

PIX - article SUD LDC éduc Gre (17.01.24)
Affiche école du désastre numérique

[2Article sur sur le site gou-vernemental « Bercy Numé-rique » https://www.bercynumerique.finances.gouv.fr/index.php/l-information-en-continu/vers-un-toefl-digital

[3Conclusions du Conseil Européen du 26 novembre 2012 sur l’éducation et la formation dans le contexte de la stratégie Europe 2020 – la contribution de l’éducation et de la formation à la reprise économique, à la croissance et à l’emploi.

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