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Quand le syndicalisme devient une entreprise

Vendredi 22 décembre 2023

Quand on pense au syndicalisme ancré à gauche, malgré tout ce que l’on peut reprocher aux syndicats, c’est tout de même à la lutte, à la défense des personnes que l’on pense. Mais le capitalisme n’en finit pas de coloniser tous les secteurs de la vie et les syndicats n’y échappent pas. Ainsi, le syndicat SUD Lutte de Classes éducation (anciennement SUD éducation académie de Grenoble) qui s’était détaché, contraint et forcé, en 2022, de la fédération SUD éducation se voit-il attaqué de toutes parts par cette dernière. Celle-ci essaye de faire en sorte que SUD Lutte de Classes éducation ne puisse exister dans le paysage syndical et faire son travail de syndicat, et ce par tous les moyens fussent-ils autoritaires, capitalistes ou bourgeois.

Pour rappel, SUD signifie Solidaires, Unitaires et Démocratiques ; de beaux principes, auxquels nous sommes attachés en faits et en actes, ainsi qu’à un retour à la base, à la lutte des classes. Ayant quitté la fédération SUD éducation qui, pour nous, ne portait plus ces valeurs, pour mener de notre côté l’existence tumultueuse d’un syndicat de lutte, nous voici attaqués par les pires formes de bureaucratie.

Début 2022, nous avons dû quitter la fédération SUD suite à ce que l’on ne peut appeler que des magouilles internes de certains syndicats et de la commission exécutive. Celle-ci s’est montrée prête à bafouer les statuts, l’autonomie des syndicats et à mener une guerre où tout est permis pour nous empêcher de continuer notre existence en dehors du giron d’une fédération, que nous avons pourtant contribué à créer.

Nous sommes donc devenus, SUD Lutte de Classes éducation et avons voulu nous présenter, comme n’importe quel syndicat, aux élections professionnelles. Notre ancienne fédération a alors négocié avec le ministère, pour que nos listes soient invalidées, pour des raisons fallacieuses. Nous ne syndiquerions pas que des fonctionnaires. En dehors de ce que cela a pu nous causer comme tort, ce qu’il est intéressant de voir c’est quel syndicalisme se dessine derrière cette démarche. Parce qu’il se sent « menacé », un syndicat réputé être d’ultra gauche, proclamant à tort et à travers (notamment sur BFMTV) ses valeurs de solidarité et d’anti-hiérarchie est prêt à renoncer aux principes sur lesquels il s’est construit … c’est assez inquiétant.

Malheureusement le feuilleton ne s’arrête pas là. Nous passerons sur les courriers diffamants envoyés aux autres syndicats et aux autres structures de Solidaires, dont SUD éducation fait partie, pour leur intimer l’ordre de ne pas traiter avec nous. Nous passerons sur le chantage fait aux collectifs de lutte dont celui contre le Service National Universel pour que nous n’y soyons pas intégrés. Une drôle de conception du travail en commun, de l’alliance des forces vives contre le capitalisme, l’exploitation et la domination.

Dernier épisode, à la rentrée 2023, nous avons reçu une nouvelle mise en demeure de la fédération SUD éducation nous demandant de cesser l’utilisation de la « marque » SUD et de son logo. Porter le nom SUD reviendrait à de la « contrefaçon de marque », un « procédé contraire aux usages du commerce », une « pratique visant à tirer avantage de la situation économique de l’autre partie en créant de la confusion dans l’esprit du consommateur ». Avec cette mise en demeure, la fédération SUD éducation se place sur un terrain commercial. Quelle curieuse conception du syndicalisme où les adhérents seraient vus comme des clients et des parts de marché à conquérir ! A SUD Lutte de Classes éducation, nous pensons au contraire qu’avant l’étiquette, l’important est de syndiquer pour se défendre collectivement ; et que les luttes doivent se mener dans l’unité avec celles et ceux qui se battent. Surtout, la fédération SUD éducation n’ignore pas que l’histoire syndicale regorge de scissions où les différentes parties ont conservé une partie de leur nom (CGT, CGT-U, CGT-FO …). En effet, il est tout-à-fait logique que chaque partie se sente héritière de ce qu’elle a porté pendant nombre d’années.

La fédération SUD Éducation s’offre donc maintenant, avec l’argent des cotisations, les services d’un cabinet d’avocats, de la justice « bourgeoise » pour l’aider à nous empêcher d’exister. Ce cabinet conseille « des sociétés de toutes tailles, de l’entreprise individuelle à la société multinationale, […] particulièrement de nombreuses start-up ». Mais, pour nous, les collègues ne sont pas des consommateurs et un syndicat n’est pas une entreprise de services. Au contraire, un syndicat doit lutter contre la logique marchande, la publicité et la loi du fric, qui gangrènent toutes les relations sociales. C’est aussi ce que nous défendons face aux bureaucraties de l’éducation qui n’ont plus que la concurrence et le management en lieu et place du service public.

Ainsi, pour les dirigeants autoproclamés de SUD Éducation (mais c’est aussi valable pour d’autres syndicats qui ont eu recours aux mêmes types d’attaques), l’acronyme « SUD » est devenu une marque commerciale, dont les prétendus propriétaires défendent le positionnement sur le marché syndical, à coups de communication formatée sur les réseaux « sociaux », de participation aux réunions ministérielles de « négociation »… et désormais de recours au droit commercial et aux tribunaux de commerce face à d’autres syndicats. Peu importe qu’il soit vidé de son sens dans les faits et par ces actes même.

Que tirer de cette triste histoire ? Que tous les moyens seraient bons, même pas pour affronter nos ennemis mais pour écraser les autres syndicats et se préserver sa petite part de marché, sa niche ? A ce compte-là Bernard Arnaud a déjà gagné, si même les syndicats les plus à gauche utilisent les mêmes méthodes que lui. Nous n’appelons ni à avoir une morale, ni à ce que notre ancienne fédération nous aime mais à réfléchir à quels moyens nous sommes prêts à employer, pour quelles fins. Nous pensons en outre qu’un problème syndical devrait pouvoir trouver sa solution dans un cadre de discussion syndical, pas devant les tribunaux chargés de régler les litiges commerciaux entre entreprises capitalistes.

A l’instar de toutes les luttes pour l’émancipation que nous soutenons, SUD Lutte de Classes éducation continuera de se définir comme il l’entend, de revendiquer l’égalité des droits entre syndicats et de lutter contre toutes les pratiques autoritaires, contre les fonctionnements bureaucratiques et verticaux détachés de la base et de la réalité du terrain. Nous désirons œuvrer localement à préserver les collectifs militants dans lesquels nous sommes impliqués. Notre priorité est de maintenir cette unité, pour poursuivre l’action de défense des conditions de travail, dans les instances, aux côtés des collègues face à l’administration, et à travers les luttes collectives – c’est le travail syndical de terrain qui nous préoccupe, et non « la présence de SUD Éducation dans les médias et sur les réseaux sociaux » évoquée par la commission exécutive.

Syndicalisme entreprise - communiqué SUD LDC gre (20.12.23)
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